J'ai voulu revoir... “On connaît la chanson” d’Alain Resnais

Dernière mise à jour : 3 avr. 2020

Introduction

Quand on regarde un film, on cherche un milliard de choses différentes, mais surtout on cherche à être surpris. Et par on, j'entends moi, car je veux faire de l'art donc il est évident que les autres ne m'intéressent pas.

Disons plutôt que je préfère ne pas parler en leur nom.

Mais quand on revoit un film, qu’on a peu vu (autrement c’est surtout un confort) on cherche une émotion particulière, qu’on cherche à retrouver, on cherche à s’y replonger, à savoir ce qui nous avait plu ou déplu la dernière fois, quand on était plus jeune. On sait beaucoup plus à quoi s'attendre, mais c'est paradoxalement parce qu'on est curieux qu’on le revoit.

Cette semaine et comme toutes les semaines, j'ai voulu revoir un film français d’Alain Resnais sorti en 1997, On connaît la chanson.


Formellement

On s'en branle. Ce film là ne s’analyse pas formellement.


Bon bah… pas formellement alors

Je crois que c'est assez propre aux films avec le duo Jaoui-Bacri lorsqu'ils participent à l'écriture, comme là. Ça renvoie forcément à des films comme Cuisine et dépendances ou à Un air de famille (respectivement de Philippe Muyl et Cédric Klapisch) où on reconnaît bien leur patte, d’autant plus propre aux films qu’ils ont eux-même réalisés, à savoir des films choraux, avec de longues séquences, quand ce n'est pas tout au long du film, en huis-clos, et qui cernent la psychologie de l’humain dans ses relations, au sein de son microcosme puis des différentes classes sociales.


Sans parler de leurs dialogues incisifs tout en restant naturalistes, ce qui est souvent indissociable (cf. les films de Laurent Cantet ou de Kechiche pour ce qui est du cinéma français), ainsi que leur thématique du temps qui passe, des vieux couples qui ne s'aiment plus, de nouveaux qui se forment, des tentations, de la morale, de souvenirs jamais montrés.

Ensemble, ils ont réalisés 5 films, dont seulement un vraiment réussi à mon goût, et c'est le premier, Le goût des autres, justement.




Quand je l'ai découvert, c'était avec mon père, il y a trois ans. Je commençais ma boulimie du cinéma, je venais d'apprendre ce qu’était un plan-séquence, et je voulais tout voir, tout comprendre. Ce film s'ouvre sur un plan-séquence, donc, et je le remarque assez vite. Un plan-séquence c'est quand on suit tout une scène sans cut au montage.

Quand je l'ai fait remarquer à mon père, il a mis sur pause, et m'a dit : “- N’essaie pas de l’analyser, ce film”.

Ça, et ses “- Revois-le dans quelques années, tu comprendras”, c'était déjà chiant, mais le fait est que là, il avait terriblement raison.

C'est exactement ça. Juste après, à la fin du film, il m’a montré On connaît la chanson dont je suis censé parler mais dont je ne parle (finalement) pas du tout, me le présentant comme un film Très atypique.

Aujourd'hui, c'était la première fois que je le voyais depuis ce visionnage avec mon père. J'ai voulu le revoir. Je n'ai pas adoré. J'ai été mort de rire au premier passage musical (voyez-le et vous comprendrez), puis j'ai été très touché par moments. Par le choix de certaines musiques, certains clins d’oeil comme celui avec Jane Birkin, par le sujet de la dépression abordée légèrement, ou cette phrase que Dussollier balance à Jaoui “Je veux pas qu’on soit ami moi”. Un pilier de la friendzone, phrase que j’avais oublié et que j’ai une fois ressorti presque mot pour mot. Ou encore la scène qui suit, où ils se préparent tous devant leur miroir avant de se retrouver à une soirée, et qui a peut-être inconsciemment inspiré un des courts-métrages que j’ai fait, Aveugle*, où les acteurs font de-même.

Finalement je l'aurai vite de nouveau oublié. Parce que ce film n'a pas la prétention de plus.


Attention : je ne suis pas en train de dire que ça n'est qu'un divertissement. Le cinéma ne doit pas avoir cette visée là à mon (très peu) humble avis.

Attention bis : Je ne dis pas non plus qu'il n’y a rien à dire sur l’aspect formel de ce film. Rien que sur le montage par exemple, comme toujours dans les films de Resnais qui toute sa carrière a été à la recherche d'innovations, il y aurait de quoi se branler la tête. Mais pour ça, mieux vaut voir ses films de la Nouvelle Vague, comme L’année dernière à Marienbad. Parce que ce film, il sert à proposer plusieurs choses, il n’impose rien, il est à sa place,

léger. Pas moins original, mais modeste, dans son intention. C'est toujours difficile à comprendre pour un jeune rebelle qui veut révolutionner le cinéma avec sa caméra, comme moi, mais il faut aussi comprendre l’importance capitale d'un film comme ça, qui est un film dont on se souvient plus de la phrase de notre père à son propos juste avant le visionnage que du film lui-même. D'ailleurs, la première fois, j'ai dû le voir en deux fois car je me suis endormi devant.


Pour finir

Quand on parle d’un film, on doit parler de soi. D’ailleurs moi quand je parle de moi, je ne sais pas faire autrement qu’en parlant de films, ou de musiques. Je crois qu'il en va de même pour tout, même pour la politique. Car après tout c'est un truc fait par des humains, avec des humains, regardé par des humains, et c'est nous les humains qui en discutons, alors pourquoi parler d’autre chose.

Je crois qu'il ne faut pas l'oublier ça. Et ça sera mon mot de la fin.


Quelques films ou réalisateurs importants auxquels je fais référence :

-Entre les murs, Laurent Cantet

-Mektoub my love, Canta Uno, Abdellatif Kechiche

-Le goût des autres, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri

-Un air de famille, Cédric Klapisch

-Hiroshima mon amour, Alain Resnais

*Aveugle, le film que j'ai fait, dont voici le lien :

https://youtu.be/PxMUDmiVqg8 ( PS: C'est la rédac’ en cheffe qui m'a dit de le mettre, moi aussi je trouve ça prétentieux)(De la rédac’ en cheffe : Fais pas genre)


MauvaiseLimonade

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