La SAGA de l’été #1– Récit de mes lectures estivales

Dernière mise à jour : 9 sept. 2019

La lecture, il n’y a que ça de vrai. C’est un plaisir que j’ai appris très jeune à cultiver et qui m’est resté fidèle depuis mon premier livre jusqu’à aujourd’hui. Lire un livre, c’est un peu comme fumer une cigarette, une fois qu’on a commencé un bon bouquin, on ne l’arrête plus. Reste à trouver le temps de le faire.

L’été est en général la période parfaite : du temps libre, le soleil pendant presque 10 heures, la plage ou les hamacs comme lieux de prédilection. Bien sûr, je n’échappe pas à la règle, l’été est pour moi LE moment de l’année où je peux lire, me laisser aller à ne rien faire d’autre que de dévorer des bouquins pendant des jours entiers.

La rentrée marque la fin de mes lectures d’été, il est temps pour moi de faire le point, de revenir sur ce que j’ai lu, que j’ai aimé ou non. Je me propose de te dresser un topo sur tous les livres que j’ai lu cet été, de te faire un rapide résumé et un petit commentaire pour te donner envie, ou non, de lire ce qui m’a occupé cet été.

Sans plus d’intro, commençons.


Voyage au bout de la nuit, L-F. Céline – Le mot de la fin



Couverture par Tardi

LeVoyage, je l’avais commencé vers le mois de décembre de mon année de Khâgne. Année difficile, qui, bien que ce soit assez ironique pour année de prépa Lettres, ne me laissait que peu de temps pour lire des livres que j’avais choisi MOI. J’avais cependant tenté une approche personnelle de la lecture en entamant le fameux voyage de Céline, monstre de la littérature française, de nombreuses fois commenté pendant mes cours. Je l’avais cherché pendant de longs jours, arpentant les librairies, je l’avais finalement trouvé dans un stand caché de Gibert Joseph, il était TEMPS de le commencer. Et c’est bien ce que je me suis empressée de faire : le commencer. C’est tout.




Je t’entends déjà me dire « Mais comment ça, en presque 6 mois tu n’as pas réussi à le lire ?? » Eh bien non. Il m’aura fallu attendre la fin de l’année scolaire et le début de l’été pour finir le Voyage, véritable périple au cœur de l’humanité.


Je ne vais pas te le cacher, c’est un roman qui est difficile. Aussi bien par la langue que par ce qu’il décrit, le Voyage au bout de la nuit transgresse tous les codes de bienséance en terme de littérature « classique ». Céline n’hésite pas à employer de l’argot dans son écriture, ce qu’il écrit ce n’est pas tant le voyage d’un anti-héros que celui d’un homme au travers de la laideur du monde…

Compliqué de raconter un roman qui ne se raconte pas, où les péripéties s’enchaînent, où le héros se refuse à en être un pour pouvoir conserver sa vie et sa dignité. Tout au long du récit, on suit les pas de Ferdinand Bardamu, ancien soldat qui s’est engagé dans la Grande Guerre pour rire, qui l’a fuit pour survivre, et qui cherche désespérément à retrouver une vie décente loin de la guerre et de l’horreur du monde. Il est suivi de Robinson, déserteur comme lui qu’il retrouve à chacun de ses voyages, un peu partout dans le monde. Bardamu est le narrateur, tout le roman est un long monologue que le lecteur suit et s’approprie, accomplissant les actions de Bardamu en même temps que lui. Je pourrais m’arrêter là, laisser l’histoire être découverte par toi, lecteur.trice, et c’est ce que je vais faire. Mais avant ça, il me faut te donner mon sentiment sur ce roman.


Ma première idée lorsque j’ai voulu faire le point sur ce roman était « le livre pue ». J’aurais peut-être plutôt dû écrire « il grouille ». Accompagner Bardamu, c’est avant tout accompagner un homme qui n’a plus d’espoir pour l’humanité : il a connu la mort de trop près, elle l’a suivie à chacune de ses destinations. Bardamu n’est pas un héros, il se refuse à en être un. Pour lui, seule la vie importe, comment arriver à vivre ne l’intéresse pas. La fin justifie les moyens. Lorsque j’ai lu le Voyage je trouvais que le roman puait parce que pour Bardamu le monde est laid, il n’arrive pas à trouver de la beauté sur terre, ou bien celle-ci est éphémère. Il accentue beaucoup cette laideur, pour essayer d’y trouver un sens. Toutes les descriptions sont donc orientées vers le laid, les couleurs sont criardes, les gens sont moches, les odeurs sont insupportables.

De plus, le roman grouille. Bardamu n’a de cesse de rencontrer des gens, qu’il soit au Congo où dans un hôpital parisien, il est entouré, et c’est cette foule qui lui fait perdre petit à petit espoir, ou qui lui redonne une once d’espérance (je pense par exemple à Molly).


C’est finalement un roman humain plus qu’humaniste qui se dévoile, avec un homme détruit par la guerre et qui se reconstruit au travers d’une quête. C’est un roman-périple, un roman d’initiation presque, où le personnage de Bardamu grandit du jeune homme qui s’est engagé sans le vouloir vers un homme que la vie a abîmé et qui pour autant ne cède pas. Si le Voyage au bout de la nuit est plus le récit d’une lente ascension que celui d’une rapide chute aux enfers, il reste avant tout un roman sur l’homme, pour l’homme, par l’homme.

On le dit « plus grand roman de la littérature française », on a bien raison.


Bonjour Tristesse, Françoise Sagan – la découverte


Un ami à qui j’avais parlé de ce court roman m’avait dit « Oh non ne le lit pas, tu vas te faire chier ! »

Pourquoi pas. En même temps, les vacances sont faites pour ça.

C’est dans cet état d’esprit que je démarre la lecture du premier roman de Françoise Sagan, court roman de quelque 200 pages, qui a lieu (coïncidence?) pendant les vacances d’été.


Bonjour Tristesse, c’est l’été des 18 ans de Cécile, jeune mondaine parisienne qui part sur la côte avec son père, après avoir raté son baccalauréat. Elle a une relation fusionnelle avec son père, veuf et homme à femmes. C’est l’été de tous les possibles pour Cécile : elle rencontre un jeune homme de 26 ans, Cyril, qui tombe fou amoureux d’elle, elle se fiche de ses études et ne rêve que de jouer l’amoureuse avec son Cyril. Pour son père, c’est la même chose : il sont tout les deux partis en vacances avec Elsa, son amante, et ils sont bientôt rejoints par Anne, grande amie de la famille qui ne laisse pas le père de Cécile indifférent.


Que d’histoires d’amour. Que de plaisirs. Tout le roman tourne autour de ce mot : plaisir.

En effet, il n’est question que de profiter de l’été, de ce qu’il apporte et de ce qu’il nie : la réalité terre-à-terre. Cécile l’a bien compris, et ce n’est qu’à la fin de ce séjour sur le bord de mer qu’elle revient à cette réalité par un sentiment qu’elle ne connaissait pas vraiment jusqu’à lors : la tristesse.


C’est un roman qui est très court, très rapide mais pourtant très soigné. Écrit dans les années 1950 par une adolescente de 18 ans, il reste marqué par une autorité littéraire ancienne, presque patriarcale. À la lecture du roman, on sent une polémique, sans réussir à mettre le doigt dessus. C’est que le personnage de Cécile est indépendant, envoûtant, audacieux. On croirait lire Martine va à la mer si celle-ci décidait de fiche Patapon à l’eau et de ne pas se retourner. Elle est une femme en devenir qui a déjà tous les attraits de la femme.


À la fin des 188 pages du roman, on se sent un peu con. On ne comprend pas vraiment ce qu’il vient de se passer, ce qu’on vient de lire. Est-ce que c’était une histoire d’amour ? Est-ce que c’était une histoire de vengeance ? On ne sait plus trop où on en est. La seule chose dont on est sûr, c’est que le roman ne laisse pas indifférent, qu’il entraîne par sa simplicité et sa complexité sous-jacente. Bonjour Tristesse laisse comme un goût de torture amoureuse. On a envie d’y retourner.


L’Arrache-coeur, Boris Vian – La cage aux fous


Boris Vian m’évoque toujours la poésie à la française : de la légèreté, de l’humour, de la complexité pourtant. L’Écume des jours a pendant longtemps, été mon livre préféré, j’avais adoré la relation amoureuse de Chloé et Colin, et bien que la fin soit tragique, la poésie ambiante avait tout sauvé. De ce fait,bien qu’il soit le seul que j’ai jamais lu de Boris Vian, je ne jurais que par lui.

Mais ça, c’était avant.


Lorsque je commence la lecture de L’Arrache-coeur, je ne sais pas DU TOUT à quoi m’attendre. Je ne connais le roman que de nom, je sais que l’auteur est Boris Vian, que c’est un de ses romans les plus connus (avant l’Ecume des jours) des cercles littéraires… bien peu de choses en perspective. J’ai trouvé le bouquin dans une boîte à livres participatives, je ne sais pas d’où il vient, et il n’y a pas de résumé au dos de l’édition. « Etrange... » J’aurais dû me méfier.



Le roman commence avec un accouchement. Comme la naissance du roman, incarné par 3 petits chérubins mis au monde par un docteur qui n’en est pas vraiment un, qui passait par là et qui a entendu une mère crier. Ce docteur, qui n’en est pas un, c’est Jacquemort, un psychiatre qui cherche à s’approprier les maux des autres. Après être entré dans cette maison, il n’en ressortira pas avant un moment.

Petit à petit, les enfants grandissent et leur mère les aime de plus en plus, elle devient de plus en plus sur protectrice avec eux, à tel point qu’elle ne veut plus les laisser sortir de la maison. Le père, de son côté, est parti car viré par Clémentine (la mère). Jacquemort, lui, couche avec la bonne.

Charmant tableau.


Autant te dire que la poésie de L’Ecume des jours est bien loin. En tout cas à mes yeux. J’ai pendant tant d’années eu une vision idéalisée de ce roman d’amour que la lecture de ce roman étrange, absurde, a été comme un coup-de-poing dans mes convictions. Mais pourquoi ?? Parce que.


Boris Vian ne s’est jamais caché de son écriture très étrange, absurde, un peu difficile à comprendre de prime à bord. Vian écrit comme l’on pense, il décrit avec des mots inventés, qu’il créé et que le lecteur se doit de décortiquer. Lire du Vian sans essayer de comprendre tous les mots c’est passer à côté d’un florilège d’adjectifs, d’expressions. C’est rater une bonne partie de l’histoire.

Pourtant, malgré les trouvailles grammaticales et la poésie « vianesque » que j’adore, tout cela n’aura pas réussi à sauver le roman à mes yeux. La fin, presque tragi-comique, me laisse un goût amer. Je ne t’en dis pas plus, pour ne pas te gâcher le plaisir de lecture si tu décides de commencer ledit ouvrage.


Ainsi s’achève la première partie de La SAGA de l’été ! J’ai préféré faire ce petit récap’ en plusieurs fois, pour t’épargner lectrice.eur.

Mais es-tu prêt.e pour la suite ? Suspense.

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