La SAGA de l’été #2 – Récit de mes lectures estivales

La lecture, il n’y a que ça de vrai. C’est un plaisir que j’ai appris très jeune à cultiver et qui m’est resté fidèle depuis mon premier livre jusqu’à aujourd’hui. Lire un livre c’est un peu comme fumer une cigarette, une fois qu’on a commencé un bon bouquin, on ne l’arrête plus. Reste à trouver le temps de le faire.

L’été est en général la période parfaite : du temps libre, le soleil pendant presque 10 heures, la plage ou les hamacs comme lieux de prédilection. Bien sûr, je n’échappe pas à la règle, l’été est pour moi LE moment de l’année où je peux lire, me laisser aller à ne rien faire d’autre que de dévorer des bouquins pendant des jours entiers.

La rentrée marque la fin de mes lectures d’été, il est temps pour moi de faire le point, de revenir sur ce que j’ai lu, que j’ai aimé ou non. Je me propose de te dresser un topo sur tous les livres que j’ai lu cet été, de te faire un rapide résumé et un petit commentaire pour te donner envie, ou non, de lire ce qui m’a occupé cet été.

Je t’ai déjà parlé de certains livres que j’ai lu cet été, il est temps de continuer.

Sans plus d’intro, recommençons.


La Fille dans le brouillard, Donato Carrisi – une critique des médias déguisée



Il faut savoir que J’ADORE les thrillers. La différence entre un thriller et un polar est simple : le polar correspond au roman policier classique, avec une enquête et un détective tandis que le thriller, tout en reprenant les codes du roman policier s’appuie aussi sur les sensations du lecteur, il va créer une atmosphère particulière pour garder le lecteur en haleine. Cela comprend souvent (pour le thriller moderne) des crimes assez gores, des tueurs psychopathes etc. Tout est bon pour garder le lecteur sur ses gardes jusqu’au dénouement.

Je disais donc que J’ADORE les thrillers. c’est une adoration qui me vient de ma mère grande lectrice de romans policiers en tout genre. C’est ensemble que nous avons découvert l’univers de Donato Carrisi, le roi italien du thriller.


Le style de Donato Carrisi, si on le caricature un peu, pourrait se résumer en quelques mots : passé, secret, absence de corps, fin improbable. Tu commences à voir ce qu’est le thriller.

Carrisi est surtout connu pour Le Chuchoteur – thriller que j’ai adoré et que je te conseille vivement qui est une série en 3 tomes (dont le dernier tome est très récent). Si Le Chuchoteur est le premier thriller de Carrisi que j’ai lu, j’ai tout de suite accroché à son style, et lorsque la Fille dans le brouillard arrive dans ma bibliothèque je suis ravie.


La Fille dans le brouillard n’échappe pas à la règle du « passé – secret – absence de corps – fin improbable ». Pour t’épargner mon blabla sur l’histoire, et parce que ça me permets d'évoquer le film adapté du roman– une collaboration franco-germano-italiennesortie en 2017 avec Jean Reno et réalisée par Carrisi lui-même – BIM voici la bande annonce:



Il apparaît tout de suite que l’histoire est tendue. Personne ne sait ce qui est arrivé à Anna Lou, et comme c’est un enlèvement il faut aller très vite (la police a 72 heures). Celle-ci piétine et ne trouve rien sur le ravisseur, elle fait donc appel au célèbre détective Vogel, qui marque son retour sur la scène médiatique par cette enquête après quelques ennuis avec la justice auparavant. Ne pas trouver le coupable pourrait achever de détruire une carrière déjà entachée. Or, il n’a pas de preuves, seulement une intuition.

Et c’est que les médias rentrent en jeu. Vogel a l’intuition de savoir qui a commis l’enlèvement. Pourtant, il n’a pas de preuves tangibles, c’est sa parole contre celle de celui qu’il accuse. Il va alors utiliser les médias pour ébruiter l’affaire et attirer tous les yeux sur son coupable.


Ce thriller, bien que racontant une enquête « classique », est bien plus profond : c’est une pure critique des médias. Par le biais d’un roman Donato Carrisi montre au lecteur que dans le monde médiatique tout n’est que manipulation et spectacle : Vogel demande aux parents de la victime de se montrer sur tous les plateaux de télévision pour apitoyer, le présumé coupable participe à des talk-shows pour retrouver grâce aux yeux de tous, la presse écrite incarnée par Stella Honer est l’amie de la police… Autant d’indices qui montrent que la véritable enquête du roman n’est pas de savoir qui a enlevé Anna Lou et ce qu’elle est devenue, mais comment les médias peuvent être utilisés pour créer un coupable. D’ailleurs, la fin, aussi inattendue qu’intéressante, montre bien que c’est cette manipulation des médias qui aura le dernier mot…


Aujourd’hui plus que jamais, cette critique des médias fait écho à nos préoccupations modernes. On peut se poser la question de l’intégrité des médias, de leur cohérence. Moi-même qui m’intéresse de près à ce milieu, la tendance « putalike » et le fait de chercher à pousser l’information toujours plus loin, quitte à ne pas vraiment informer me fait parfois remettre en question mes choix. Face à tous ses questionnements, Donato Carrisi monte une critique implicite cachée par une enquête policière, au sein d’une œuvre de fiction. La tension entre vérité et mensonge est d’autant plus forte que l’enquête elle-même porte sur cette recherche de vérité en passant par le mensonge. Finalement, toute cette enquête n’est qu’un leurre pour amener le lecteur à s’interroger sur son rapport aux médias, à la vérité. D’ailleurs, le dénouement n’apporte pas seulement une réponse, mais un argumentaire sur ce qu’il faut croire ou non. S’il ne fallait retenir qu’une chose de ce roman : la vérité n’est pas toujours là où on pense la trouver.


Un meurtre sera commis le…, Agatha Christie – Vous ne devinerez jamais la fin



Pas de consensus là-dessus : Agatha Christie est la reine du roman policier. Il est impossible et impensable de discuter cette affirmation, le succès de ses œuvres n’est plus à faire, leur qualité n’est plus à prouver. C’est bien simple, tout le monde connaît au moins un roman d’Agatha Christie. On connaît bien sûr les classiques : Le meurtre de l’Orient-Express (adapté et ré-adapté en film), Les Dix petits nègres (mon pref de ses classiques) etc. L’inspecteur Poirot n’a plus de secrets pour nous, et sa moustache a marqué l’histoire.

Pourtant, cet été, alors que nombre de romans de Christie croisent ma route, je choisis d’en lire un que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam mais qui a un titre plutôt intriguant : Un meurtre sera commis le… sans date explicitée. Trop tentant.



Le titre est tiré d’une annonce dans un journal local, annonce qui est l’élément déclencheur de l’histoire. En effet, dans une petite bourgade de la campagne anglaise, un journal local rapporte que « un meurtre est annoncé, qui aura lieu le vendredi 29 octobre à six heures trente de l’après-midi, à Little Paddocks. Les amis sont priés de tenir compte de cette invitation qui ne sera pas renouvelée ». Tous sont choqués. Miss Blacklock, propriétaire de Little Paddocks ne comprend pas d’où sort cette invitation à un meurtre chez elle, et ses voisins ont impatience de se rendre chez la vieille femme pensant qu’elle a organisé une Murder Party. Pourtant, si tout indique une plaisanterie, un meurtre a bien lieu. Le roman est lancé, reste à savoir qui est le coupable.


Dans cette enquête, pas de Poirot, c’est la célèbre Miss Marple qui se charge d’aider les enquêteurs ! Bien sûr, la vieille femme n’est pas en charge officiellement de l’enquête, mais elle est assez connue pour que chacun lui fasse entièrement confiance. Et c’est parfois très drôle de voir comment elle fait avancer l’enquête sans montrer son intérêt. En effet Marple, contrairement à Poirot, a la fâcheuse tendance de ne laisser que des indices.. Avec elle, pas de grandes phrases, mais plutôt des petits mots griffonnés sur des feuilles de papiers. Pour autant, la traditionnelle scène de révélation à la fin en présence de tous les protagonistes a bien lieu, et elle sait mettre le point final à cette histoire.


Je ne vais pas trop m’attarder sur ce roman qui est à mon sens un classique d’Agatha Christie, non pas qu’il fasse partie des plus connus, mais il reprend les codes des histoire de la romancière : une petite bourgeoisie anglais, beaucoup de thé, un.e enquêteur.trice de renom et des énigmes dont la réponse est impossible à trouver seul – j’ai essayé de trouver qui était le tueur seule, impossible, trop de twists. Je conseille ce roman comme je conseille TOUS les romans d’Agatha Christie parce qu’elle est la reine des romans policiers et que pour passer un moment détente de lecture, c’est le pied. Que ceux qui n’aiment pas la détente quittent cet article, les autres allez lire Agatha Christie.


Sorcières, la puissance invaincue des femmes,Mona Chollet – Un combat qui dure


Salem, les sorcières, la magie… Autant de choses qui fascinent encore aujourd’hui. En effet, les sorcières de Salem sont très représentées : il suffit de voir le succès de American Horror Story ou des Nouvelles aventures de Sabrina, ou encore de Harry Potter pour se rendre compte de la fascination que cet univers crée. Elles sont des personnages que les jeunes filles et les jeunes garçons apprécient et qui font partie du paysage moderne. Pourtant, si les sorcières sont aujourd’hui source de fantasme, cela n’a pas toujours été le cas.



Dans son récent ouvrage Sorcières Mona Chollet revient sur la figure de la sorcière, et plus particulièrement sur son lien avec le féminisme. A toute époque la sorcière a incarné des femmes fortes et indépendantes, d’où la menace qu’elles représentaient pour nos sociétés patriarcales traditionnelles – on se souvient des ordalies chrétiennes sans aucun sens comme le jugement par l’eau : les sorcières étaient attachées à des chaises et plongées dans l’eau, celles qui flottaient étaient coupables donc tuées et celles qui coulaient étaient innocentes mais mortes quand même. Il apparaît qu’étudier la figure de la sorcière revient à étudier les femmes que les sociétés patriarcales souhaitaient éliminer, et c’est le parti-pris de Mona Chollet dans son essai : expliquer en quoi la femme-sorcière est une menace, et pourquoi elle a toujours été refoulée par la société.


Pour présenter son étude, Mona Chollet découpe son livre en 4 parties, chacune dédiée à un aspect caractéristique de la sorcière telle qu’on l’imagine ou qu’on la connaît : elle commence tout d’abord par les femmes indépendantes, puis elle étudie les femmes sans enfants et consacre enfin un chapitre aux femmes âgées. Elle fini par une réflexion générale sur les défis à relever encore et encore.


Si je ne suis pas habituée des écrits du type « essai » ou « thèse » je dois avouer que celui-ci m’a beaucoup plu. C’était la première fois que je me plongeais dans un écrit féministe par essence, et c’était très agréable de voir la figure de la sorcière autrement. Les anecdotes rendent le texte réel, les références cinématographiques et littéraires permettent un accès total au texte : il n’est pas nécessaire de connaître les grands noms de l’Histoire ou d’avoir étudié pendant 10 ans la place des femmes dans le monde pour comprendre que quelque chose cloche et ce depuis des siècles. Je conseille cet essai à tous.tes ceux.celles qui sont intrigués par la figure de la sorcière, ou qui se posent des questions quant à leur engagement féministe : la femme-sorcière n’est qu’un prétexte, cet essai apporte des réponses quant à la représentation de la femme actuellement.


La Valse aux adieux, Kundera – Délicieusement cynique



Je n’avais jamais rien lu de Kundera, mais je savais que c’est un grand nom de la littérature. La Valse aux adieux n’est pas son roman le plus connu, celui-ci étant L’Insoutenable légèreté de l’être, et bien que La Valse ait été écrite avant elle se perd dans l’ombre de ses grandes œuvres. Pour autant, cela ne m’a pas empêchée d’entamer ma lecture de La Valse. Et quelle lecture !


L’histoire est assez simple, bien qu’elle se complique petit à petit. Elle commence dans une ville d’eau, dont la seule renommée repose dans l’eau thermale, connue pour ses vertus quant à la fertilité. De nombreuses femmes viennent s’y baigner lorsqu’elles n’arrivent pas à tomber enceintes. Dans cette ville d’eau travaille Ruzena, une jeune infirmière, amoureuse d’un trompettiste appelé Klima. Ce dernier est un jour passé par cette ville d’eau et a eu une brève aventure avec Ruzena, qui ne l’a pas oublié. Elle lui annonce un jour être enceinte de lui : le monde de Klima s’effondre. En effet, il est marié et fou amoureux de sa femme. Il ne voit qu’une solution : demander à Ruzena d’avorter, chose qu’elle lui refuse. S’en suit alors une aventure rocambolesque où de nombreux personnages vont se mêler : le docteur Skreta, gynécologue un peu fou, le riche américain Bertlef dont l’auréole divine est incompréhensible pour les autres, un ancien détenu et militant politique Jakub, qui cherche la première occasion pour replonger dans le terrorisme politique etc.

Autant de personnages que l’histoire offre de rebondissements, et il y en a.


Mais ce que l’histoire offre par dessus tout, c’est un cynisme à toute épreuve. Kundera propose avec La Valse aux adieuxune véritable valse entre la bienséance et le romanesque : pas de lecture sans un peu d’humour, de colère, de tristesse, de divin ! Dans ce roman tout y est, rien n’est oublié ! Et si la fin est également haute en couleur, elle laisse au lecteur un goût de drôle, comme si tout ceci n’était qu’une farce. La mort est omniprésente, mélangée à la vie : dans un lieu de fertilité, Klima demande de tuer pour pouvoir vivre, et Ruzena refuse de tuer pour pouvoir vivre également. Cette danse nihiliste entre vie et mort accentue le cynique du roman, faisant de la lecture un acte plein de rebondissements.


Je ne peux que conseiller ce roman, à la fois pour son humour mais aussi pour son histoire, et surtout pour l’un de ses personnages : le riche américain Bertlef, plus religieux que le Pape. La lecture de ce roman est un moment de plaisir garanti, avec une vraie réflexion sur ce qui fait les plaisirs de la vie et comment ceux-ci ne dépendent que de nous. C’est finalement la Vie qui est questionnée dans ce texte, et cela serait dommage de s’en passer.

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