Une journée théâtrale, éphéméride sur le Festival d'Avignon

Je suis une très grande fan de théâtre. Plus jeune je rêvais d'être comédienne. J'ai suivi des cours pendant quelques temps, ce qui m'a beaucoup aidé dans ma vie puisque j'ai gagné en éloquence, je n'ai plus peur du ridicule et je sais captiver les foules lorsque je parle. J'ai toujours trouvé le théâtre fascinant : un texte est écrit pour être joué, les pièces sont réinventées à chaque représentation, le théâtre permet une grande liberté d'interprétation, il permet au public et à la troupe d'être liés le temps d'un spectacle. BREF. J'adore le théâtre. Je dirais même que c'est le côté vivant du théâtre qui me plaît : j'adore le spectacle vivant. Que ce soit de la danse, un concert, du cirque, un conteur, lorsque le protagoniste le plus important est devant moi, ça me fait rêver.

C'est donc tout naturellement que ce lundi 15 juillet, pendant ma journée de congés (les boulot d'été tu connais), je me rends au Festival d'Avignon avec des amies. C'est mon premier Festival d'Avignon, et je suis toute excitée.

Le Festival d'Avignon, un festival pensé par Jean Vilar pour les autres

Le Festival d'Avignon a une histoire bien particulière. Il est créé après la Seconde Guerre Mondiale et dirigé dès 1947 (lors de sa première édition) par Jean Vilar, metteur en scène de génie, qui décide de créer un festival de théâtre qui rassemble des œuvres méconnues, qu'elles soient classiques ou contemporaines. En gros, il décide de créer un festival de théâtre pour amener le théâtre là où il n'est pas vraiment apprécié ou connu. Ce qu'il veut, c'est donner à la culture (en passant par le théâtre), une place dominante dans la vie des Français. Jean Vilar est un précurseur, il sait que la culture n'est pas accessible à tous et qu'il faut l'amener là où elle n'existe pas ou pas assez. Il dirigera le Festival d'Avignon jusqu'à sa mort en 1971, tout en dirigeant le Théâtre National Populaire (TNP). Cette double casquette fera de lui un homme préoccupé par les questions culturelles, il cherchera sans cesse à renouveler le Festival, à le faire grandir. Ainsi, il l'ouvrira au cinéma, à la danse, à la musique etc. Avec Jean Vilar le Festival d'Avignon naît et grandit.

Le OFF d'Avignon, ou l'indépendance théâtrale

Si avec Jean Vilar le Festival d'Avignon est né et situé au Palais des Papes d'Avignon, le OFF lui est hors des murs. C'est en 1966 que le Festival OFF d'Avignon prend forme au théâtre des Carmes de André Benedetto. Ce théâtre sera le premier à proposer une pièce pendant le Festival d'Avignon qui ne soit pas sélectionnée par ce même festival. Il s'appelle OFF car il est en opposition au festival officiel, qualifié de IN avec l'arrivée du OFF. Les années s’enchaînent et l'expérience récidive : on trouve aujourd'hui près de 2 théâtres par rue à Avignon, chacun avec une programmation variée et dense. En quelque sorte, on peut dire que le OFF d'Avignon a remplacé le Festival originel de Vilar. Sa particularité ? Des spectacles variés, allant du One Man Show à la pièce de théâtre classique, en passant par la danse, la musique, les spectacles étrangers, des lectures et des rencontres, le tout par des compagnies de théâtre ou des troupes indépendantes. Le OFF représente en un sens l'envers du décors du IN : ce qui n'a pas été sélectionné peut toujours passer au OFF, ceux qui débutent peuvent faire leurs premiers pas au OFF etc. Il y en a pour tous les goûts grâce à ces deux festivals mélangés.

Le OFF, la fin du IN ?

Le OFF et le IN se superposent : ils ont lieu en même temps. Pourtant, sont-ils en concurrences ? Peut-on dire que le OFF (dont on entend plus parler que du IN à mon sens) a remplacé le IN ? Autant de questions auxquelles on peut répondre non. Le OFF et le IN sont deux festivals différents, avec des fonctionnements différents. Si le IN se charge de la promotion de ses spectacles et sélectionne les pièces en nombre limité, le OFF ne fait pas de sélection (ce qui explique le grand nombre de spectacles proposés : en 2019 il y en a près de 1600) et la location des salles et la promotion des spectacles est à la charge des troupes. De plus, les deux festivals se mélangent par les dates, ils se mélangent aussi par les publics et par les thèmes abordés. Il n'y a pas de concurrence entre les deux festivals, on pourrait plutôt parler de complémentarité. Dire que les deux festivals sont pareils et se remplacent serait faire un gros raccourci dans le discours.

Mais finalement, ça fait quoi de ne passer qu'une journée au Festival d'Avignon ?

Eh bien, pour être honnête, une journée c'est trop peu. Je suis arrivée à Avignon vers 11h, et bon nombre de spectacles étaient déjà passés, il faut vraiment arriver tôt si on ne doit y passer qu'une journée. De plus, il faut bien se renseigner sur les jours de relâche (où les troupes ne jouent pas) pour ne pas avoir de mauvaises surprises (choses que je n'avais pas faite). Aussi, je ne peux que vous conseiller de vous procurer le programme du Festival en ligne ou en papier pour bien savoir où aller et à quelle heure arriver. Il faut aussi prévoir un petit budget, surtout pour le IN, mais aussi pour le OFF avec des places entre 10€ et 22€. Enfin, il faut suivre ses envies et laisser leur chance aux spectacles proposés : je suis allée voir un One Man Show présenté de façon assez drôle par un jeune rabatteur de 18 ans qui aguichait les gens aux terrasses des cafés avec des tracts en forme de dessous de verre, forcément moi je craque pour le côté décalé.... résultat le spectacle est à tomber ! Il s'appelle « L'Affaire Guédon », il est joué au théâtre L'autre Carnot à 22h par l'humoriste François Guédon (avec à la fin une dégustation de cognac et de pinot) et il retrace le parcours d'un humoriste, de son succès fulgurant à sa descente aux enfers.... C'est un spectacle grinçant, très provoc (PG 16) qui tient ses promesses et fait réfléchir. Je le recommande vivement !


Cette anecdote pour dire quoi ? Je suis venue au festival pour voir des pièces potentiellement classiques, en vers et en tragédie (cc la classe prépa) et je suis repartie après avoir vu un super spectacle dont l'affiche ne payait pas de mine, mais qui a eu le mérite d'être bien vendu et qui a su attirer la fêtarde qui est en moi, comme quoi, il en fallait peu...

Bilan du Festival d'Avignon

Porter un bilan sur ce Festival après une journée est un peu présomptueux, mais je me permets tout de même de le faire. C'est mon article après tout, je fais ce que je veux. Si je devais résumer mon expérience je dirais que la ville d'Avignon pendant son festival ressemble à un carnaval géant. Et cette description suffit : un carnaval symbolise la joie, la liberté, le plaisir enfin exprimé. Dire d'une ville qu'elle est un carnaval géant est à mon sens un très beau et fort compliment, lourd de sens. J'ai découvert cette ville comme une ville animée, couverte d'affiches plus jolies les unes que les autres, rythmée par les troupes qui déambulent, les batucadas, les spectacles de rue, les queues de spectateurs près des théâtres. Je n'ai pour ma part participé qu'au OFF, mais c'était déjà une superbe expérience. De plus, le message que véhicule ce festival le rend encore plus attrayant : redorer le blason du spectacle vivant à l'heure d'Internet et des réseaux sociaux. Au risque de passer pour une vieille conne, je pense que le théâtre est en perdition et qu'un festival comme celui-ci le remet sur le devant de la scène (tu l'as?) et le modernise chaque fois un peu plus. Il permet aussi de rapprocher les gens : ceux qui connaissent racontent, ceux qui ne connaissent pas découvrent, tout le monde discute.... C'est une belle expérience que ce festival.

Je vous laisserai sur une chanson qui, bien qu'elle ne représente rien pour vous, est pour moi le rappel de cette journée car elle a été chantée par une jeune fille tête à l'envers pendant un spectacle de cirque en entrée libre, le tout premier spectacle que j'ai vu du Festival. Je ne peux que vous conseiller d'aller à ce Festival, j'espère avoir vos retours.


Et surtout, n'oubliez pas que la culture est partout, que le simple fait de rentrer dans une salle de spectacle c'est déjà se cultiver.

Aller, la bise les loulous !;)



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